Que se passe-t-il donc de si important demain au Conseil Municipal pour que le huis clos soit requis ? Quel débat doit-il s’y dérouler pour que la presse et le public ne puissent pas en prendre connaissance ? Y aurait-il des choses qui doivent être discutées entre les représentants du peuple sans que le peuple puisse en être informé ?

Eh bien, oui… Demain, le Conseil Municipal se réunit avec le Préfet de Région, le Préfet de Police et le Procureur de la République afin d’évoquer l’organisation de la sécurité dans la ville.

Depuis plusieurs jours, chacun y est allé de ses propositions faisant exploser le principe du huis clos. De toutes les contributions dont j’ai pu avoir connaissance, celles de Guy TEISSIER, Député et Maire des 9° et 10° arrondissements, sont à mon sens les plus pertinentes. Du renforcement des effectifs et des moyens de la Police Nationale dans notre ville, aux missions et à l’organisation la Police Municipale, en passant par le développement de la prévention de la délinquance, ce sont là des mesures de bon sens que nous devrons mettre en place dans les plus brefs délais (les propositions de Guy TEISSIER).

Toutefois, constatant l’agitation médiatique créée par l’annonce de ce débat, je n’ai pu m’empêcher de penser que celui-ci sèmerait sans doute plus le trouble dans l’esprit de nos concitoyens plutôt qu’il n’apporterait des réponses dans leur vie quotidienne. Du moins tant que celui qui est en charge de notre sécurité n’exercerait pas pleinement ses responsabilités : l’Etat.

Le niveau d’investissement de l’Etat dans ces domaines est effectivement fondamental pour toute la société, tant l’assurance de notre sécurité est consubstantielle à l’exercice de notre premier droit en démocratie : la liberté.

Frédéric BASTIAT, économiste et philosophe de la Liberté du 19° siècle, l’énonçait de façon si limpide et, je le reconnais, un rien provocatrice pour nos esprits bien pensants, qu’il me semble bon de rappeler ses propos ici : « N’attendre de l’Etat que deux choses : liberté, sécurité. Et bien voir que l’on ne saurait, au risque de les perdre toutes deux, en demander une troisième. »

Et il y a urgence pour que l’Etat s’investisse véritablement, pleinement et prioritairement dans les deux domaines régaliens qui permettent d’assurer notre sécurité dans notre pays et dans notre ville : l’ordre public et la justice.

Cela passe par un vrai retour du respect de l’autorité publique que l’Etat délègue à ses fonctionnaires : policiers et magistrats bien sûr mais aussi enseignants, personnels de santé, personnels pénitentiaires, pompiers et bien d’autres… Respect de l’autorité qui ne pourra être restauré que si l’Etat consent à ses agents un soutien hiérarchique sans faille dans l’exercice de leurs missions. Ce qui est de plus en plus rare, malheureusement…

Cela passe également par la recherche d’une organisation plus rationnelle des forces de police. Et, dans mon esprit, rationalité ne veut pas dire rationnement. Au contraire, la rationalité contribuera à un déploiement plus large des moyens.

Ainsi, par exemple, les policiers, sapés dans leur autorité, ont adopté depuis plus plusieurs années un réflexe de précaution en demandant une augmentation de leurs effectifs par patrouilles. Celles-ci s’organisent donc chez nous par groupe de 3 ou 4, alors que, dans d’autres pays, 1 ou 2 fonctionnaires suffisent pour exercer les mêmes missions de sécurisation quotidienne. La restauration de leur autorité devrait permettre de diminuer les effectifs par patrouille, et donc d’augmenter celles-ci.

Concernant la justice, on ne peut que constater que les juges, confrontés à un code de procédure pénale de plus en volumineux et parfois confus, peinent, lorsqu’ils sont de bonne volonté, ou se refusent, lorsqu’ils pêchent par excès de facilité, à condamner les individus qui, manifestement, ont transgressé la Loi.

Notre société de libertés requiert donc que l’ordre public et la justice soient une réalité pour que la tranquillité des citoyens soit restaurée. Cela relève de l’unique responsabilité de l’Etat. Il doit l’assumer sans exagération, mais sans faiblesse.

L’exaspération légitime de tous les français face au défaut d’ordre public et de justice ne doit pas conduire à l’adoption de mesures, certes nécessaires mais marginales, dans la résolution des problèmes de sécurité. Elle doit au contraire faire l’objet d’un grand débat national associant l’ensemble des partis politiques, des syndicats, des collectivités territoriales, des associations de victimes, et des citoyens.

L’élection présidentielle qui se profile peut et devra être l’espace de ce débat. J’espère qu’elle permettra au prochain Président de la République d’engager des réformes audacieuses dans ce domaine.

C’est là une exigence que nous devrons tous avoir si nous voulons vivre et profiter d’une société apaisée et sereine.

16 commentaires sur “Sécurité à Marseille : l’Etat… d’urgence !”

  1. GRUBER dit :

    Dans tous ces problèmes d’insécurité, ce qui domine c’est l’impunité. Trop de ces « délinquants !!! » sont a nouveau libres dès le lendemain de leurs méfaits. Le résultat est qu’ils n’ont aucune crainte.
    Par ailleurs il y a dans notre pays des quartiers où la police ne peut pas entrer sans être attaquée, bien souvent à l’arme lourde ; tant que ce problème gravissime ne sera pas résolu, la démocratie sera en danger. UN PAYS DOIT AVOIR UNE POLICE RESPECTEE DE TOUS.

  2. Didier Reault dit :

    Depuis 1981, les gouvernements successifs ont effectivement cédé sur l’essentiel. Nous ne sommes pas dans une société dans laquelle le respect de l’autre est la valeur la mieux partagée. Ce qui engendre aujourd’hui des comportements de violence absolument insupportables pour nos concitoyens.

    Dans le même temps, les tenants de la bien-pensance nous expliquait que l’ordre public était une notion ringarde et qu’il fallait évoluer vers plus de permissivité. On en voit le résultat.

    Il est temps de réagir et de remettre la sécurité des honnêtes gens au coeur de notre société.

  3. Mussa Charles dit :

    Notre securité doit etre la préocupation principale de nos élus Le pb ,n’est pas seulement un pb de police mais surtout un pb de justice .
    Quand la police arréte notamment de jeunes délinquants et que le juges les remettent en liberté le lendemain n’y a t’il pas là un vrai pb
    D’autre part comment peut on faire respecter nos lois avec nombres de nos élus qui sont de vrais délinquants .
    il est temps que notre justice, se mette au travail pour la sécurité de chacun de nous

  4. SAUTERELLE dit :

    Détermination demain au CM….

    nous sommes avec vous Mr Réault

  5. VILLA Catherine dit :

    Mon cher Didier,
    Je lis avec beaucoup d’intérêt tes prises de position et te remercie de nous en informer aussi clairement. Sur le sujet « sécurité » à Marseille, je vous rejoins pleinement quant à une autorité mieux affirmée et en ce sens une possible diminution en « nombre d’hommes » des patrouilles (2 hommes plutôt que 3 ou 4). J’ai été outrée récemment à l’écoute de la dernière émission « Complément d’Enquête » concernant les nouveaux caïds de Marseille dans les cités, le commentaire du reporter disait en clair  » A Marseille, la mort est un spectacle qui fait partie du paysage ! » (inadmissible d’entendre un tel jugement). Travaillons donc à une image de Marseille plus clean et surtout à une meilleure efficacité de nos forces de sécurité.
    Caherine (de Morgiou)

  6. DIDIER BERNARD dit :

    Mr REAULT; votre reflexion est pertinente; il est certain qu’utiliser comme seul levier les effectifs de police est faire illusion et probablement démagogique. Restaurer l’autorité de l’etat au travers de ses forces de police est maintenant devenu une obligation mais revêt beaucoup de complexité et surtout de dangers, car cette autorité est tellement dégradée qu’il faut un vrai courage politique pour prendre position et faire appliquer ne serais-ce que les lois existantes sur tout le territoire.
    Bon courage.

  7. Jean-François GUIEU dit :

    Je suis allé voir les propositions de M. Guy TEISSIER. Elles sont en synergie avec les propos de M. Didier REAULT et répondent au « Bon sens » qui émane des personnes consultées.
    Question: Avons nous les « moyens » dans une ville où la majorité des personnes ne payent pas « l’impôt » ?
    M. REAULT propose que l’État se substitue à cette situation. Déplacement de la question: L’État a-t-il les « moyens » ?
    Actuellement, l’urgence est partout. A la Santé, à l’Éducation, à la Justice, à la Police…et cela, dans un grand nombre de pays en Europe.
    Ceci étant, la pire des choses serait de baisser les bras !
    C’est bien à cause de l’aspect « compliqué », qu’il faut réfléchir et agir.
    Je pense que chacun de nous, à son niveau, peut aider à « redresser le bateau ».
    Au collège de la Grande BASTIDE on va porter nos efforts dans cette direction:
    Donner du sens au « civisme ».
    C’est pas gagné mais au niveau de l’Association Sportive on va mettre l’accent sur l’arbitrage et le rôle des capitaines d’équipes. En EPS on va mettre l’accent sur le partage du temps, de l’espace et le respect de « l’autre ».
    Ceci dit, il y a beaucoup à faire pour aider et les CIQ, et autres associations ne demandent que ça:  » Qu’on les rejoigne  »
    Chacun a un rôle à jouer, même si il est tout simple et modeste il sera déterminant pour nous tous.

  8. quartararo dit :

    bonsoir Didier !

    Face à cette « gangrène » qu’est la petite délinquance qui empoisonne les quartiers de marseille et d’ailleurs, il est urgent de réagir et vite, assez de réunions….nous voulons des actes.
    Bravo pour ton action et celle de Guy Tessier, mais suffira t-elle? je reste perplexe et ne demande qu’à voir….
    Il est URGENT de rétablir l’ordre et la SECURITE pour tous.
    je suis de tout coeur avec vous !

  9. Chanaleilles dit :

    Le devoir des politiques n’est-il pas aussi, dans un monde où le sensationnel médiatisé est devenu la seule référence et base de réflexion, de remettre en perspective nos conditions d’existence d’occidentaux privilégiés, quoi qu’on en dise, dans un monde où règne la misère et la terreur ?

    La condition d’être humain n’a jamais été synonyme de sécurité.

    Ni au cours des siècles, où les guerres, les pillages, les attaques armées sur routes et chemins, et les agressions dès la nuit tombée, ont été le quotidien de nos ancêtres.

    Ni dans notre monde actuel où, à nos portes, et sur tous les continents du monde, le terrorisme, les guerres, attentats, bandes armées, viols, rackets, fusillades en pleine rue, la privation des libertés de pensée ou d’expression sont le quotidien de millions d’autres hommes.
    En Amérique du sud, ou au Mexique, où les mafias liées à la drogue tiennent le pavé, et terrorisent les habitants. En Amérique du Nord, où quelques fous armés défraient régulièrement la chronique en décimant une école. En Afrique, livrée à des guerres fratricides depuis des décennies, au Moyen Orient et dans les pays arabes, où chaque jour, des attentats tuent des dizaines de gens. En Asie, secouée de conflits politiques, religieux et interethniques. Mais aussi en Europe centrale ou dans les pays de l’ex URSS, où les haines, tensions, et guerres, n’ont jamais cessé depuis vingt ans.

    La sécurité totale n’existe pas, et ne pourra jamais être assurée ou garantie. Ni vis à vis de la délinquance et des crimes, ni dans les domaines industriel, alimentaire, sanitaire, ou face aux éléments naturels.
    Cependant nous vivons, dans notre immense majorité, bien mieux, bien plus en sécurité, et bien plus longtemps que nos aïeux, et que la plupart des autres hommes de notre planète. Alors ?

    Rappeler que l’Etat doit assumer ses responsabilités, et restaurer son autorité et celle de ses représentants, ainsi que l’ordre et la justice, ne peut faire de mal. Exiger qu’il mette en œuvre des mesures efficaces en matière de justice, de prévention de la délinquance, et de sécurité serait déjà mieux.

    Mais marteler ce seul discours, dans les médias, les meetings et débats politiques, c’est conduire les gens à croire qu’ils vivent dans un environnement exceptionnellement dangereux, ce qui n’est pas le cas en 2011, ni en France, ni à Marseille.

    Au pays des Lumières, de l’égalité, de la fraternité, de l’humanisme, j’aimerais rappeler que l’autre est d’abord une richesse, qu’il y a plus à gagner à l’échange et à l’entraide qu’à se claquemurer dans un ghetto ou un pays sécurisé, et que l’Histoire nous enseigne que la peur ou la haine de l’autre ne sont jamais bonnes conseillères.

    • Didier Reault dit :

      Il est également bon de rappeler que ce sont les plus faibles qui sont victimes de l’insécurité dans toutes les sociétés. Et que la mission première de l’Etat est de garantir les droits de chacun.

      Se défausser, comme il le fait depuis trop longtemps à Marseille comme ailleurs, sur les collectivités locales ne masque pas son indigence en la matière. C’est la seule chose que je souhaitais rappeler dans cette article. Le témoignage de Quartararo montre bien l’attente de la population en la matière sans qu’elle ne soit suscitée autrement que par la réalité de ce qu’elle vit au quotidien et de ce qu’elle est en droit d’attendre compte tenu des impôts auxquels elle apporte sa contribution.

  10. Chanaleilles dit :

    Depuis que l’homme est homme, les faibles sont opprimés.
    Nous savons tous cela. C’est un triste constat, et croire sans faillir en l’être humain, ne pas douter, ne pas désespérer, n’est pas toujours facile.
    Mais c’est le devoir d’un politique dans notre démocratie dont les fondamentaux sont ceux des droits de l’Homme.

    J’attends de l’Etat et de ceux qui aspirent à le servir, ou à exercer le pouvoir qu’ils traitent et résolvent au mieux les problèmes. Et qu’ils aident la population à les analyser, les comprendre, et à adhérer aux choix de société retenus pour les solutionner en les resituant dans un contexte global qui dépasse nos frontières, et qui permet de les relativiser.

    Certainement pas qu’ils les médiatisent, ni qu’ils contribuent à la manipulation intellectuelle permanente, très à la mode, destinée à nous convaincre au travers de chaque journal télévisé, de chaque page de quotidien, de chaque débat ou interview politique, de chaque documentaire, que chez nous tout (crise, environnement, sécurité, immigration) va mal.

    L’attente de la population….
    Est-elle réellement suscitée par la réalité de ce qu’elle vit au quotidien? Ou par ce qu’on lui dit être LA réalité, et qu’on lui répète en boucle : ça va mal, c’est de pire en pire, c’était mieux avant?

    C’est sur le lit de la peur des autres et de l’avenir que nos politiques, de droite comme de gauche, axent leur campagne et espèrent se faire élire.
    C’est une bien triste vision de la politique.

  11. DJELAOUI dit :

    Sujet très complexe. Le civisme devrait sans doute être enseigné dans les écoles et les centres d’accueil, dès le plus jeune âge, compte tenu de la démission des parents dans le domaine de l’éducation (toutes couches sociales d’ailleurs)… Quand le seuil de la délinquance est franchi, le retour en arrière est très laborieux… et couteux pour la société à tous points de vue.

  12. SAUTERELLE dit :

    Chanaleilles, j’admire tous vos commentaires, mais lorsque vous dites : « l’attente de la population est elle réellement suscitée par la réalité de ce qu’elle vit au quotidien ? avec un superbe point d’exclamation…

    Ce soir, j’étais dans une fête de quartier, comme dans pratiquement tous les quartiers de Marseille, et comme dans tous les quartiers, la sécurité n’y était pas ! la police a du intervenir, et croyez moi, l’attente est trés forte et je dirais qu’elle arrive a un point de non retour, cela devient trés grave.

    Nos politiques sont loin des cantonales et semblent avoir oublié les résultats. Notre député-maire Guy Teissier et notre conseiller général Didier Réault, eux, se battent sans cesse et j’espére que le bons sens l’emportera.
    Au plaisir

  13. VICENTE dit :

    Bonsoir

    Ce qui m’inquiète est que malgré les évènements de ces derniers jours, j’en entend certains dirent encore qu’il faut plus de prévention que de répression car celle-ci ne sert à rien. Que voulez répondre à cela ? Le débat devient vite stérile car certains campent sur leurs position et ne veulent pas accepter que la peur de la sanction peut éviter certains agissements.

    • Didier Reault dit :

      Il est évident que la sanction est nécessaire et indispensable pour des comportements aussi fou que ceux que nous venons de connaître ces derniers jours. La prévention montre bien là ses limites. ce qui ne m’étonne pas…

  14. Esperons que vous avez d autre article de cette trempe pour nous !

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